Le Cyclope

Un œil, une chose à la fois

Une mise à jour qui retire une fonction reste une mise à jour

Avatar de Aurélien Pouchard

·

4 min de lecture

Une notification annonce une mise à jour, on l’installe par réflexe, et on découvre ensuite qu’une fonction qu’on utilisait chaque semaine a disparu. Le vocabulaire ne fait aucune différence entre ce cas et celui, plus rare qu’on ne le croit, d’une mise à jour qui n’apporte que des ajouts.

Un mot qui couvre trop de situations

« Mise à jour » désigne aussi bien un correctif de sécurité invisible qu’une refonte complète de l’interface, un changement de format de fichier par défaut, ou le retrait pur et simple d’une fonctionnalité jugée peu utilisée par l’éditeur. Ces décisions se prennent souvent pour des raisons de maintenance : une fonction ancienne coûte cher à maintenir face aux nouvelles versions du système, et la retirer simplifie le code plus qu’elle ne sert l’utilisateur.

Trois raisons qui expliquent un retrait

Un retrait de fonction obéit rarement au hasard. La première raison, la plus fréquente, tient à la compatibilité : une fonction ancienne repose parfois sur une technologie que l’éditeur ne veut plus maintenir en parallèle des suivantes. La deuxième tient à l’usage réel, mesuré par des statistiques internes à l’éditeur : une fonction utilisée par une minorité d’utilisateurs coûte cher à faire évoluer pour un bénéfice jugé trop faible. La troisième, plus rarement assumée publiquement, tient à une stratégie commerciale : réserver une fonction à une offre payante après l’avoir proposée gratuitement, ce qui revient à un retrait déguisé en évolution de gamme.

Pourquoi on s’en aperçoit tard

Le décalage entre l’installation d’une mise à jour et la découverte de ce qui a changé peut se compter en semaines : on n’utilise pas toutes les fonctions d’un logiciel tous les jours, et celle qui a disparu ne manque qu’au moment précis où on en a besoin. C’est un des points communs avec le matériel : de la même manière qu’un appareil révèle ses vrais défauts après plusieurs mois d’usage, comme nous le détaillons du côté des appareils gardés six mois avant d’en parler, un logiciel révèle ses manques au fil de ses usages réels, pas au moment de l’installation.

Ce qu’on peut vérifier avant d’installer

  • Les notes de version, quand l’éditeur les publie intégralement plutôt qu’un résumé marketing.
  • Les forums d’utilisateurs, souvent plus rapides que l’éditeur à signaler une fonction disparue.
  • La possibilité de reporter une mise à jour non critique le temps de lire ces retours, quand le système le permet.

Le cas des mises à jour imposées

Certains systèmes ne laissent plus le choix : la mise à jour s’installe automatiquement, parfois sans possibilité de revenir en arrière. Cette situation touche directement la question de la durée de vie utile d’un appareil : un matériel qui fonctionnait bien peut se retrouver bridé ou ralenti par une mise à jour logicielle qu’il n’a pas demandée, ce qui interroge sur la frontière entre mise à jour de sécurité légitime et obsolescence organisée par le logiciel plutôt que par le matériel. Le site service-public.fr détaille, dans ses fiches consacrées à la consommation, les droits du consommateur en la matière, notamment sur l’information due avant qu’une mise à jour ne modifie substantiellement un produit.

Une question de vocabulaire, pas de détail

Employer le même mot pour une amélioration et pour un retrait de fonction n’est pas neutre : cela dispense l’éditeur d’expliquer ce qui change vraiment, et cela dispense l’utilisateur de se poser la question avant de cliquer sur « installer ». Distinguer les deux cas dans son propre vocabulaire, même mentalement, aide à repérer plus vite ce qui a réellement changé — et à décider, la prochaine fois, s’il vaut mieux attendre quelques jours avant de mettre à jour un outil qu’on utilise tous les jours.

Une vigilance qui se construit avec l’usage

Personne ne peut lire l’intégralité des notes de version de chaque logiciel installé sur ses appareils : la vigilance se construit plutôt autour des outils qu’on utilise vraiment au quotidien, ceux dont une modification aurait un impact réel sur une habitude installée. Pour ces outils-là, prendre l’habitude de lire au moins le résumé des changements avant d’accepter une mise à jour majeure évite la mauvaise surprise découverte en plein usage, au moment où revenir en arrière n’est souvent plus possible. Cette habitude simple, presque un réflexe une fois installée, coûte quelques minutes et évite parfois de perdre, du jour au lendemain, une fonction devenue indispensable sans qu’on ait eu le temps de s’y préparer.


Avatar de Aurélien Pouchard

À lire aussi